Les statistiques ne mentent pas : près d’un quart des documents officiels en français comportent des majuscules dépourvues d’accent. L’air de rien, cette petite faute s’incruste dans les courriers, les CV, les affiches, et la plupart du temps, personne ne s’en émeut. Pourtant, la règle n’a pas bougé d’un iota. Pas d’accent ? Pas d’excuse. La réforme orthographique de 1990 n’a jamais allégé cette contrainte, même si la rumeur continue de circuler sur les forums et dans certaines entreprises.
À force de négliger ces accents, on s’expose à des malentendus, voire à une impression de négligence professionnelle. Le plus déroutant, c’est que les méthodes pour saisir un É majuscule ne se ressemblent pas d’un ordinateur à l’autre. Un utilisateur de Mac ne croise pas les mêmes obstacles qu’un adepte de Windows, et les solutions pour corriger le tir se multiplient, souvent bricolées, rarement universelles.
Majuscules accentuées : ce que dit la règle et pourquoi l’accent sur le É n’est pas optionnel
En français, pas de place pour l’improvisation : toute majuscule qui prend un accent à la minuscule doit l’arborer aussi en capitale. L’Académie française ne laisse planer aucun doute sur le sujet. Son message est limpide, relayé par le ministère de la Culture et par des voix reconnues comme Michel Feltin-Palas : la clarté du texte, la fidélité au sens, tout cela passe par l’accent, même en majuscule. Faute d’accent, le message peut basculer dans l’ambiguïté. Un exemple très parlant : “ÉTÉ” n’est pas “ETE”.
La tradition et les recommandations officielles convergent : ni la réforme de 1990, ni aucune autre, n’a jamais validé l’idée d’une majuscule sans accent. Et il ne s’agit pas que de l’accent aigu : toutes les majuscules concernées (aigu, grave, circonflexe, tréma, cédille) doivent être accentuées, sans exception. C’est une exigence de précision, de cohérence et de respect du lecteur.
Pour répondre à cette attente, la norme AZERTY optimisée (portée par l’Afnor et la DGLFLF) a été pensée pour rendre enfin accessible la saisie des majuscules accentuées, jusqu’alors véritable parcours du combattant sur la majorité des claviers français. Son objectif : réconcilier les usages numériques avec l’exigence typographique.
Voici les principes fondamentaux à garder en mémoire :
- Accentuer toutes les capitales : une obligation en typographie
- Éviter les faux-sens : “ÉTÉ” n’est pas “ETE”
- Respecter les recommandations normatives et institutionnelles
La typographie française n’a rien d’un caprice d’esthète. Elle s’impose comme une marque d’exigence, autant intellectuelle que professionnelle.
Mac, Windows, astuces et pièges à éviter : réussir son É majuscule au clavier sans prise de tête
Pour les utilisateurs de Mac, saisir un É majuscule accentué se fait d’un geste précis : Option + e puis Shift + E. Le caractère s’affiche aussitôt, sans détour. Les claviers d’iPhone et d’iPad vont encore plus loin : un appui prolongé sur la touche “E” fait surgir toutes les variantes accentuées, majuscules incluses. Un vrai modèle d’ergonomie.
En revanche, sous Windows, l’affaire se corse. Le clavier AZERTY standard ne propose aucune touche dédiée. Il faut alors se tourner vers les Alt Codes : Alt maintenu, puis 0201 sur le pavé numérique, et le fameux É apparaît. Les logiciels comme Word ou Outlook offrent parfois leurs propres raccourcis, du type Ctrl + ‘ puis Shift + E. Ce n’est pas aussi fluide que sur Mac, mais cela fonctionne.
Il existe plusieurs alternatives pour insérer un É majuscule quand les raccourcis directs font défaut :
- Utiliser la table des caractères de Windows pour insérer manuellement le caractère
- Installer des extensions sur navigateur qui facilitent la saisie régulière d’accents
- Passer par des utilitaires comme WinCompose ou des claviers virtuels (Lexilogos, par exemple)
Le clavier AZERTY optimisé, dans ses versions récentes, intègre désormais un accès simplifié aux majuscules accentuées. Toutefois, la généralisation de cette disposition reste timide, notamment dans les entreprises ou les postes partagés. Faute de mieux, beaucoup se contentent de copier-coller un É préexistant, ce qui dépanne mais ne constitue pas une solution solide pour la rédaction de documents officiels ou professionnels.
Il est facile de confondre un E majuscule non accentué avec un É bien formé, surtout dans les titres, les lettres de motivation ou sur les réseaux sociaux. Les correcteurs automatiques corrigent parfois l’oubli, mais pas toujours. Ce détail typographique, loin d’être anodin, reflète le soin apporté à son expression écrite. Prendre le temps d’accentuer ses majuscules, c’est déjà affirmer son exigence dans la langue.
Demain, l’accent sur le É ne sera peut-être plus un casse-tête, mais un simple réflexe. D’ici là, chaque document soigné rappelle qu’un accent, parfois, change tout.


