Le câblage RJ45 A ou B repose sur deux normes de terminaison, T568A et T568B, qui ne diffèrent que par l’inversion des paires orange et verte. Sur le plan électrique, les deux produisent une liaison Ethernet strictement identique. Le choix entre l’une et l’autre n’affecte ni le débit ni la latence, à une condition non négociable : chaque extrémité d’un même lien doit suivre la même convention.
Compatibilité PoE et ordre des paires : ce que T568A change vraiment
En 10/100BASE-T, seules les paires 2 (orange) et 3 (verte) transportent les données. En T568A, la paire 3 (verte) occupe les broches 1-2, et la paire 2 (orange) les broches 3-6. En T568B, c’est l’inverse. Cette permutation a une conséquence concrète lorsque du PoE entre en jeu.
Le standard IEEE 802.3af/at (PoE mode A) injecte le courant sur les paires de données, donc broches 1-2 et 3-6. En T568A, la paire verte (paire 3) porte à la fois le signal et l’alimentation sur les broches 1-2.
Or la paire 3 est physiquement adjacente à la paire 1 (bleue, broches 4-5) dans la gaine du câble. Dans certains cheminements longs avec du câble non blindé (UTP), cette proximité peut générer un diaphonique parasite légèrement plus élevé sous charge PoE.
En pratique, sur un réseau domestique avec des longueurs rarement supérieures à 30 mètres et du câble blindé Cat.6, la différence est négligeable. Nous recommandons T568B par défaut pour le résidentiel, non pas pour une question de performance, mais parce que la quasi-totalité des équipements réseau grand public sont livrés pré-câblés en T568B. Switch, box, panneau de brassage : rester en B simplifie le raccordement et réduit le risque d’erreur.

NF C 15-100 révision 2024 : grade, catégorie de câble et nombre de prises RJ45
La plupart des articles sur le câblage A ou B ignorent le cadre réglementaire. La révision 2024 de la NF C 15-100, publiée sous les références NF C 15-100-10 et NF C 15-100-11, s’applique obligatoirement aux constructions neuves à partir de septembre 2025.
Cette norme impose désormais un niveau plancher pour le pré-câblage VDI domestique. Les guides de mise en œuvre associés indiquent un minimum de Grade 2 TV avec câble Cat.6 blindé (STP) et au moins quatre socles RJ45 raccordés au coffret de communication. Ce n’est plus une recommandation : c’est une obligation pour le neuf.
Pourquoi le grade conditionne le choix du câble plus que la norme A ou B
Le grade VDI définit les services que le réseau peut transporter (données, téléphonie, TV). Un Grade 2 TV exige au minimum du Cat.6, ce qui rend le débat A/B secondaire face au choix de la catégorie de câble et du type de blindage.
- Cat.5e supporte le Gigabit Ethernet mais ne satisfait plus le Grade 2 TV exigé en neuf depuis la révision 2024
- Cat.6 couvre le Gigabit et prépare le 2.5GBASE-T sur des distances courtes, compatible Grade 2 TV
- Cat.6A garantit le 10GBASE-T sur 100 mètres et offre une marge confortable pour les usages futurs (distribution TV/IP, NAS, caméras PoE haute résolution)
Investir dans du Cat.6A blindé (S/FTP) en construction neuve coûte marginalement plus cher à l’achat mais évite un recâblage complet dans quelques années. Le choix de la catégorie a plus d’impact sur la pérennité du réseau que la norme de terminaison.
Câble droit et câble croisé RJ45 : une distinction qui disparaît
Un câble droit utilise la même norme (A-A ou B-B) aux deux extrémités. Un câble croisé combine T568A d’un côté et T568B de l’autre, ce qui permute les paires d’émission et de réception. Ce type de câble servait à connecter deux équipements identiques (PC à PC, switch à switch) sans passer par un hub.
Depuis la généralisation de l’Auto-MDI/MDIX dans tous les équipements Gigabit, le câble croisé n’a plus aucune utilité en réseau domestique. N’importe quel port Gigabit détecte automatiquement la polarité et s’adapte. Si vous tombez sur un vieux tutoriel préconisant un câble croisé pour relier deux PC, ignorez-le : un câble droit T568B-T568B fera le travail.

Erreurs de câblage RJ45 fréquentes et méthode de vérification
La majorité des pannes réseau après un câblage maison ne viennent pas du choix A ou B. Elles viennent d’une erreur de sertissage ou de raccordement au noyau de la prise murale. Trois fautes reviennent systématiquement.
- Inversion d’une paire sur un seul côté du lien, créant un câble croisé involontaire. Le lien Gigabit tombe en 100 Mbps ou refuse de s’établir
- Dégainage excessif des paires torsadées avant insertion dans le connecteur. Chaque centimètre de paire détorsadée dégrade la diaphonie, surtout en Cat.6 et au-delà
- Mélange de conventions T568A et T568B entre différentes prises du même logement. Le réseau fonctionne en apparence, mais un futur intervenant perdra des heures à diagnostiquer une incohérence
Un testeur de continuité à une vingtaine d’euros suffit pour valider les huit fils et repérer une inversion. Pour aller plus loin, un testeur de qualification mesure la diaphonie (NEXT) et l’atténuation, ce qui permet de certifier que le lien supporte effectivement le débit attendu.
Vérification rapide sans testeur
Branchez un appareil aux deux extrémités du lien et vérifiez la vitesse de négociation dans les paramètres réseau. Si le port affiche 1 Gbps, les huit fils sont correctement raccordés. Un lien bloqué à 100 Mbps sur un câble Cat.6 signale presque toujours une paire mal câblée.
Le débat RJ45 câblage A ou B se résout en une phrase : choisissez T568B, restez cohérent sur toute l’installation, et concentrez votre attention sur la catégorie de câble et la qualité du sertissage. Avec la NF C 15-100 révisée qui impose du Cat.6 blindé en construction neuve, le vrai enjeu n’est plus la couleur des fils sur les broches 1 et 2, mais la pérennité globale de l’infrastructure réseau du logement.

